Sporting Cyclo Manissieux


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ULTRA DEFI 2017

CR de Dominique Briand:

L’an passé, à la même époque, j’ai été intrigué par une course annoncée sur le site de la RAAM, et dont le titre était en français. Je suis allé voir le lien de celle-ci pour découvrir qu’elle se déroulait au Québec. J’ai pris contact avec l’organisateur, Sylvain Grenier, et je me suis décidé à participer à l’Ultra Défi. Un an plus tard, me voici sur la ligne de départ à Vilanouët, une station de ski réputée du Québec pour la qualité de sa poudreuse.

Dés le départ, il faut s’attaquer à une terrible côte avec des passages à 20 %. C’est pour nous mettre dans l’ambiance de ce qui nous attendra tout au long de l’épreuve ! Sylvain qui a la double casquette d’organisateur et de participant se détache un petit peu. Moi, je me retrouve en compagnie de deux coureurs. Je ne vois pas Sylvain sur le bas-côté, stoppé net dans son élan par une crevaison.


Je suis simplement étonné de ne pas le voir à l’horizon, pensant qu’il appuyait vraiment très fort sur les pédales. Nous sommes donc trois à passer en tête au premier contrôle. Je décide de m’arrêter cinq minutes et en fais part à mes compagnons.


Peu après être repartis l’un deux est distancé. Le contrôle de Chambord est proche lorsque que nous prenons une bonne averse sur la tête. Même scénario, je ne prends que cinq minutes de pause, ce qui n’ait au goût de Yann qui en souhaite un plus. Je repars donc seul. Rapidement la nuit tombe. J’installe mes lampes. Dans une manœuvre inappropriée, je casse le support de ma lampe principale. Mon assistance la scotche sur mon prolongateur. Mais avec les vibrations, je la perds, la récupère, mais elle fonctionne mal. Comble de malchance, je perds aussi celle d’appoint et ne la retrouve pas. Il ne me reste qu’une lampe qui éclaire de façon très insuffisante. Je dois m’en contenter car il est interdit à ma voiture de me suivre. Il bruine. Profitant de mes arrêts consécutifs à mes ennuis, Yann revient sur moi. C’est alors qu’en pleine vitesse dans une descente, nous traversons une zone de travaux très mal signalée. La secousse est terrible : mon guidon tourne et je crève de l’avant. Yann endommage sa roue avant. Il continue alors que je change ma roue. Mais il ne va pas très loin. Le voilà arrêté sur le bord de la route. Il me charge de prévenir sa voiture, ce que mon assistance fait aussitôt. Je suis à nouveau seul. J’arrive à minuit à la Tuque, le 3ème contrôle. Arrêt de 20 minutes pour restauration et mécanique : il faut remettre le guidon en position. Lorsque je repars, Yann arrive. C’est la dernière fois que je le verrai. Encore des arrêts pour la lampe, tant et si bien qu’un autre concurrent recolle à ma roue. Super ! Il roule bien sur le plat et surtout, il a un éclairage puissant. Nous cheminons ensemble jusqu’à l’entrée du parc de la Mauricie où nous arrivons à 6h10. Mais pour lui, c’est le moment d’une pause sommeil. Je repars à 6h25 sans ma voiture qui ne peut traverser le parc. Je la retrouve 57 kilomètres plus loin à la sortie. La traversée de ce parc n’est qu’une succession de côtes bien raides et de descentes. Je ne vois pas âmes qui vivent. Même pas un ours ! 9h10 je suis au contrôle n°4 à Esker. Je retrouve Marie, Anne-Marie, Jean-Charles et Stéfano. 9h20 c’est reparti pour le contrôle en périphérie de la ville de Québec. Pas de difficulté, mais du vent défavorable. J’arrive au contrôle vers 16h30. Pas d’assistance comme annoncé, ils sont allés acheter deux lampes torche pour la nuit qui s’annonce. Ils n’ont pas laissé de consignes et ils ne sont pas
joignables. J’attends plus d’une heure sans nouvelle. Je vous laisse deviner dans quel état psychologique je suis. Enfin les voilà ! Stéfano et Jean-Charles fixent les lampes. 17h45 c’est parti pour une étape émaillée de côtes rivalisant de difficulté. Au Canada, on ne s’embête pas avec des virages, c’est tout droit ! Le pompon, c’est la côte Saint-Anne avec un passage à 30 %. Malgré un développement de 34X32, j’appuie de toutes mes forces en zigzagant quand soudain, blig ! Le bruit caractéristique d’un bris de rayon. Pied à terre pour évaluer les dégâts et finir la côte à pied. Heureusement, le voile n’est pas trop important et je ne suis pas obligé de prendre ma roue de secours sur laquelle il n’y a qu’un 34X28. Un conseil, amis cyclistes, n’achetez jamais des roues lightweight, c’est de la daube ! Il m’est arrivé la même chose sur la roue avant. Comme ces roues ne sont pas réparables, ma paire est foutue ! Je me remets en selle pour aborder la longue montée menant à la station de ski du Mont Saint-Anne. En pleine nuit , je fais un break de vingt minutes, mais je n’arrive pas à dormir. Une fois au sommet, je plonge sur Baie Saint-Paul, lieu du 6ème contrôle. Il est tenu par l’équipe chargée de tourner des images de la course et qui m’a filmé pendant de multiples et longues séquences. Je ne m’éternise pas. Le tronçon qui m’attend maintenant est le plus dur de la course : la traversée du parc des Grands Jardins et l’arrivée au contrôle de Chicoutimi. Juste avant l’entrée du parc, je prends une nouvelle pause de 20 minutes et cette fois, je dors. Quelques kilomètre après, je suis dans le vif du sujet. S’enchaîne une série de côtes plus terrifiantes les unes que les autres (20 % et plus). Malgré la fatigue, les jambes répondent bien et je suis le seul avec Marie-Pierre Morin, bravo à elle, à les passer sur mon vélo. Il pleut et il souffle un violent vent de face, ce qui freine considérablement ma progression. J’arrive à Chicoutimi croyant en avoir terminé avec ce 7ème tronçon. Que nenni ! Il faut encore se hisser jusqu’au contrôle par l’intermédiaire de ces horribles côtes. J’en ai marre et commence à râler. Enfin, j’y suis. L’endroit est magnifique, c’est le domaine de Maude et Yvon qui font chambres d’hôtes. Nous y passerons deux jours merveilleux après l’Ultra Défi. Cette fois, c’est la dernière ligne droite avec dans le viseur le record de l’épreuve. Pour la gagne, il y a longtemps qu’il n’y a plus de suspens, mon avance sur Sylvain étant considérable. La fatigue se fait sentir et je rouspète à nouveau lorsque se présentent encore deux côtes pas piquées des vers. Ensuite, je bats comme un beau diable sur une portion de route au revêtement très dégradé, exposé à un vent défavorable. Dernier changement de route. Je suis dans le final : il reste une vingtaine de kilomètres. Je suis sur la route d’accès de station de Vilanouët déjà empruntée au départ. 350 mètres de dénivelé à gravir et c’est dans la poche !

Je suis maintenant à la ligne des cinq derniers kilomètres à l’endroit où d’après le règlement mon assistance n’a plus le droit d’intervenir et de ce fait, file à l’arrivée. Je me dépouille pour être endessous des 49 heures. Ça y est, je coupe la ligne en 48h57 avec le record de l’épreuve en prime. L’instant est immortalisé par mon assistance et le caméraman.





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